Horizon Étoilé

Comment redonner la lumière aux scientifiques et équipes qui se cachent derrière des découvertes majeures en astronomie ?

Thème

Vulgarisation
Support Print
Support Web

Rôle

Veille et recherches
Créative Graphiste
Design Ui/Ux

Missions

Recherches + écriture du mémoire (article), Itération de design pour la conceptualisation projet
Création d’un site expérimental 3D

0. Contexte

       À l’origine, ce projet n’avait pas de nom. Il a d’abord été la rédaction d’un mémoire avant de devenir ce projet quelque peu particulier. Tout est parti d’une opportunité : mon projet de diplôme de 3ème année de DNMADe Numérique – et d’une envie : celle de renouer avec une passion que j’avais un peu laissée ces dernières années pour me concentrer sur mes études : l’astronomie.
       J’ai donc très rapidement fait face à ma problématique : comment concilier l’astronomie – qui est une science – avec mon domaine d’exercice – le design graphique numérique ?

1. Veille & Construction du mémoire

       Pour commencer ce projet, j’ai délimité mon territoire de recherches. L’astronomie est un domaine extrêmement large. Une des contraintes à l’époque était de nécessairement lier notre territoire de recherches avec le design numérique. Je m’étais assez instinctivement dirigé vers les modes de représentation de l’espace et du cosmos – thématique jugée pas assez actuelle.

       Je dois ajouter une précision importante. L’astronomie n’est pas l’astrologie. L’astronomie est , sémantiquement, la science de l’observation (-nomie) des astres (astro-). Elle se base donc sur la science pour étudier l’ensemble des astres. L’astrologie va traiter du mouvement de certains astres uniquement et en déterminer un impact sur la vie humaine. Elle est donc considérée comme une pseudo-science. Cette parenthèse est importante, ayant longtemps rencontré cette confusion dès que je parlais de mon projet à autrui. Ici, on parlera uniquement d’astronomie.

       J’ai donc recentré mon travail sur la notion de technologie – un fait d’actualité, à ce moment-là, était la diffusion d’une des premières images du trou noir supermassif M87. J’ai donc pu délimiter la thématique de mon mémoire avec cette nouvelle. “Quel est l’impact de la technologie dans le rapport et la représentation du ciel aux humains non-initiés ?”. Le terme de ciel est volontairement choisi car il possède une sémantique large, qui permet un regard au passé pour mieux saisir le rapport qu’en avaient les humains de ces époques.

       Pour revenir à ma méthodologie de veille, j’utilisais 3 circuits d’informations : un premier centré sur des abonnements à des newsletters dédiées – NASA, ESA, SAF et AFA notamment.
       Le deuxième était plus de la recherche active, j’écumais les sites et articles scientifiques autour de ma thématique avec une prise de note active.
       Ma troisième méthode était plus libre. J’appréciais me perdre dans les rayons de bibliothèques dédiés. Le but était de consulter des contenus plus culturels autour de l’astronomie – pour continuer à nourrir ma curiosité naturelle tout en élargissant mon spectre de compréhension.

       Avec tout ce bagage, j’ai pu écrire ce mémoire, épaulé de mes professeurs et de mes relecteurs. Je tiens à rajouter une autre précision. Hors annexes, la rédaction de ce mémoire devait se cantonner à 10 000 caractères, avec une marge tolérée de 10%. J’ai aussi manqué de la présence d’un professeur avec un point de vue, voire une spécialité, plus scientifique. Le cliché que les personnalités artistiques ont du mal avec les sciences s’avère, malheureusement, plutôt vrai.

       Avec le recul, j’aurais aussi apprécié développer certaines parties. La synthèse m’a fait couper certaines réflexions que j’aurais apprécié étayer. De plus, j’aurais dû – et je dis ça après m’être repenchée sur cet écrit plusieurs années après – centrer mon travail autour de la création d’image induite par les technologies en cœur de problématique.

       J’aurais eu la liberté d’explorer le passif, comme je l’ai survolé dans cet ouvrage, tout en me centrant sur des points de vue purement scientifiques pour ensuite divaguer sur les usages détournés qu’en ont fait des artistes. J’aurais également pu explorer le côté “consommation du ciel” et comment, dans une certaine mesure, il est devenu “mainstream” sur certaines typologies de contenus – ce qui aurait été le moment idéal pour évoquer l’impact de l’astrologie sur les rapports aux images du ciel des humains.

       D’ordinaire, j’évoque ce que je ferais autrement, avec le recul, plutôt en conclusion, mais comme je vais dédier la suite au projet qui découle du mémoire, j’ai préféré le faire maintenant. Si le cœur vous en dit et que vous avez le temps, vous pouvez effectuer un petit détour lecture par l’article que j’ai pu rédiger à cette époque.

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2. Recherches & Itérations de projet

       Suite au mémoire, nous devions nous appuyer dessus pour développer un projet de design. Durant 2 jours, on nous a poussés à explorer un projet par médium proposé – une dizaine au total – avec problématique, typologie du projet, potentiel commanditaire… Ce fut notre base de travail pour, petit à petit, resserrer vers un à deux projets spécifiques.

       L’itération était le cœur de cette démarche de projet. Lorsqu’une idée venait, on la développait, puis on la soumettait à confrontation pour mieux la retravailler et ainsi de suite. La philosophie de cette démarche était “reculer pour mieux avancer”. Même si on affinait des choix au fur et à mesure, on devait laisser les nouvelles idées entrer jusqu’à assez tard dans la réalisation.

       Malgré une démarche itérative riche en idées, j’ai eu énormément de mal à poser ma problématique de projet . Là ou celle de mon mémoire poussait à la réflexion, elle me laissait sans terrain ciblé spécifique, ce qui me compliquait la tâche quant à envisager une problématiques réelle et actuelle à solutionner.

       J’ai donc dû tout reprendre de zéro. Je me suis d’abord émancipé de la loupe de l’astronomie par le prisme du design numérique. Ainsi, j’ai transformé mon domaine en moyen plus qu’en problématique de fond.
       Plus tard, l’idée de rendre hommage a émergé. À l’époque, le fait que les femmes et leurs noms aient été éclipsées des projets scientifiques auxquels elles ont contribué commençaient à faire beaucoup de bruit. D’un autre côté, le télescope Hubble était inauguré et lancé dans l’espace, beaucoup d’installations prenaient des noms, mais sans pour autant diffuser les travaux ou les histoires de ces derniers. Il m’a semblé y avoir vu une opportunité pour proposer un projet.

       Voulant me spécialiser en motion, j’ai d’abord esquissé les bases d’un projet de websérie. J’ai aussi pensé à une autre proposition autour du son, type podcast, pour accompagner des observations du ciel.

       Mais un nouveau critère de création est apparu, celui de proposer un projet innovant. Or, les 2 projets précédents ne l’étaient pas assez. Ma troisième idée a donc été appréciée : celle de créer un site internet, imaginé comme une grande carte du ciel, dans laquelle on aurait pu plonger pour explorer l’histoire et les travaux d’un ou d’une scientifique choisie. C’est ainsi qu’a commencé tout le travail autour de l’identité et la construction du projet.

3. Sortir des sentiers battus en explorant des DA expérimentales

       Ma thématique de projet s’articule autour de l’hommage, avec pour problématique “Comment redonner la lumière aux personnes qui ont contribué à éclairer notre ciel ?” et le projet prendra la forme d’un site web.

       J’ai d’abord travaillé sur la notion de carte: quelle forme ? Quelle expérience ? Quelle narration ? J’ai exploré divers moyens . D’abord, un proche de la réalité, en assimilant les éléments comme une sorte de grand graphique dans lequel on peut naviguer entre des points assimilés à des étoiles, des planètes, des objets stellaires, en fonction de la nature des travaux des scientifiques présentés. Puis je suis allée jusqu’à des représentations plus plastiques, comme si on cherchait à reconstituer un parcours, des travaux. Cependant, la notion d’innovation n’était pas assez présente dans ces premières pistes.
       Lors d’un débat sur “Quelle est la forme d’une étoile ?”, une idée m’est apparue. Ce débat est un dérivé de la thématique de la lumière. Dans les stéréotypes, une étoile est un point avec des filaments ou des piques. Or, d’un point de vue astronomique, c’est une énorme boule de plasma en fusion, de laquelle se produisent régulièrement des éruptions. J’ai testé quelques rendus d’étoiles avec le logiciel de 3D Blender.

       Au fur et à mesure des tests, des éléments émergents. S’éloignant drastiquement des archétypes réalistes, ces tests font écho aux courants abstraits avec une ambiance modernisée. De fil en aiguille, “l’étoile” est devenue un objet graphique à part entière. Associée à de la couleur, à des variations 3D et à d’autres effets graphiques, c’est comme si l’étoile s’exprimait. La notion d’émotion est apparue, faisant sortir l’étoile de son statut premier, celui d’objet d’étude, pour devenir un objet capable d’émotion – comme une âme. Ainsi, l’étoile est comme devenue le symbole de l’âme du scientifique dont on explore la vie et les travaux.

       Le principe de mon interface était là : parcourir la vie d’une étoile, au fur et à mesure de son voyage dans l’espace. J’ai donc continué, à partir de mes tests, à développer l’identité du projet : partir sur des modes de représentations abstraits, avec une forte mise en avant de la couleur et des effets de textures. Pour les quelques informations plus formelles – hors textes – le choix de la ligne et de visuels avec des formes arrondies est plébiscité. Cela servira notamment à vulgariser certaines notions complexes des travaux présentés.

       Pour la navigation, je souhaitais que l’on puisse s’enfoncer dans ce cosmos abstrait et hors du temps. J’ai prototypé et modélisé mes frames sur Blender avant de les exporter en séquences. La plupart des logiciels d’interfaces ne permettent pas la synchronisation d’images vidéo avec le scroll. J’ai opté pour la solution de PandaSuite pour prototyper mon interface. Ainsi, on navigue avec le scrolling souris , avec quelques clic pour choisir un chemin entre autres.

       Comme pour le mémoire, je vais vous partager mon retour d’expérience. Globalement, c’est un projet en demi-teinte. Je ne souhaitais pas présenter un site web pour mon projet de fin d’études – m’étant spécialisé en motion design pour la suite de mes études, je n’ai pas pu faire grand-chose de ce projet. De plus, la qualité de l’identité du projet n’est pas à la hauteur de ce que j’en aurais voulu. J’ai tellement voulu suivre les injonctions à l’innovation, qu’au final, j’ai finie en pleine abstraction. Le fond du projet est un peu passé à côté de l’ambition de base. Finalement, je n’ai réalisé qu’une énième biographie d’un scientifique.

       Mais avec le recul, déjà j’ai pu prendre conscience de tous ces points de blocage et surtout, ce projet s’inscrit dans une démarche plus grande. À apprendre à regarder son travail et à le critiquer, pour pouvoir l’améliorer et émettre des pistes d’évolution. Donc, bien que mon projet ne me plaise pas – en plus de répondre de manière très bancale à sa problématique – j’en ressors néanmoins avec des apprentissages essentiels, qui m’apprennent encore aujourd’hui, à affûter mon œil de créative.

4. Finalités

       Pour conclure – même si je l’ai déjà fait pour chaque partie – pour développer un projet de cette envergure, il faut se forger une base solide de connaissances et rester ouvert aux points de vue – ne surtout pas se fermer à un seul œil. Car c’est seulement à ce moment-là que l’on peut saisir une grande partie des nuances d’un projet et d’exploiter un regard spécifique pour y développer un projet – non pas sans se passer des autres points de vue. Rester ouvert en permanence est une clé essentielle pour continuer à cultiver son potentiel.

       En regardant le projet avec les années et un peu plus d’expérience, je manquais de capacités de vulgarisation et de partage de savoir. Autant je savais avoir des capacités de synthèse et d’analyse, qu’autant je laissais à désirer sur des compétences de transmission. Comme je n’ai pas su correctement expliquer à mes professeurs la voie que je souhaitais emprunter, je me suis retrouvé à juste suivre leurs préconisations – en m’oubliant au passage.

       Tout n’est pas négatif, comme je l’ai souligné précédemment, j’ai pu tirer beaucoup d’enseignements de ce projet. Que ce soient les méthodologies de veille, de recherche; l’approfondissement de mes connaissances et des enjeux liés à l’astronomie ; ou encore l’expérimentation de méthodes plus créatives pour chercher une identité visuelle – je suis clairement sortie de ma zone de confort !

       L’aventure n’est pas finie – l’Horizon Étoilé n’était que le premier step. L’envie de faire un projet autour de l’astronomie me tenait toujours à cœur. Si vous voulez la suite de cette aventure, je vous invite à aller lire “Astro-Terrestre” ou “Créateur d’Univers” !

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